Dans ce n*29, une réflexion sur le choix du silence, des fragments de mémoires sur Lafayette en cette année de 250ème anniversaire de l'Indépendance américaine, une PUB vaguement coquine et une CONTRE PUB fortement indignée, un AU REVOIR au Guatemala et bonjour GAZETTE et CAHIERS. Enfin MERCI à Jean Sarréo pour le don de notre nouveau logo !
Ce numéro est dédié à notre amie et contributrice Perrine SAILLY que nous assurons de notre soutien
EDITO : LA TENTATION DU SILENCE
MÉMOIRES VIVES : LAFAYETTE, NOUS REVOILÀ ! ENTRETIEN AVEC ROY CUSUMANO
PUB : DE BEAUX ZIZIS
CONTRE PUB : STOP AU GYNOCIDE !
ARCHEO FEUILLETON : AU REVOIR LE GUATEMALA !
GAZETTE ET CAHIERS
BONNE LECTURE ET UNE ANNONCE
Des lecteurs se sont étonnés de ne plus recevoir les derniers numéros de Mémoires Vives dans leurs messageries. Enquête effectuée, les envois s’étaient égarés dans les courriers indésirables. Si vous non plus n’en recevez plus parfois, vérifiez vos courriers indésirables !
Dans un groupe donné, les paroles expriment une normalité partagée. Elles restent dans le périmètre de ce qui est juste pour ce groupe. Elles mettent en lumière les modèles acceptables de convictions et de valeurs. Bien sûr ce codex de ce qu’il est autorisé de penser et donc de dire n’est ni universel ni figé. Il se construit et évolue au fil du temps, et ce qu’il était honorable d’exprimer avant hier ne l’est plus nécessairement aujourd’hui. Par ailleurs, d’un groupe à l’autre, cette bible du dire social est différente, souvent opposée. Il est déconseillé de s’écarter de l’orthodoxie au sein d’un groupe donné, au risque d’une dissidence. En revanche, des représentants dudit groupe sont habilités lorsqu’ils rencontrent des représentants d’un autre groupe porteurs de discours perçus comme contraires à tenter d’imposer leurs points de vue par l’argumentation ou la violence. Les deux groupes antagonistes se vivent mutuellement en infériorité morale. Cette perception peut conduire au refus du vivre ensemble, voire à l’exclusion du corps social, ou pire. De nos jours, les réseaux asociaux (je les nomme ainsi) amplifient encore cette dérive. On peut donc opter pour le silence si la menace physique, sociale, ou de déstabilisation mentale est grande. Ecouter des propos perçus comme absurdes, contraires aux règles du droit commun, mensongers, est insupportable pour certains face auxquels s’exprimer en toute franchise est déconseillé. Peu à peu, on finit par tout mélanger et assimiler opinion et identité. Ainsi naissent les gentils et les méchants pour les esprits limités, que nous risquons tous d’être à un moment ou à un autre. La peur de manquer de reconnaissance, de ne pas être conforme à notre cercle d’appartenance peut nous rendre frileux ; on tente d’imiter, on imite mal, ou pas assez ou trop. Dans certaines communautés, pour être tranquilles ou illustrer des valeurs qu’on connait mal, on les théâtralise, on se déguise en ce qu’on n’est pas. Plus on veut se convaincre de la justesse de ses propres paroles et plus on a tendance à mal interpréter celles des “autres”, plus on juge mauvaises leurs intentions et inadmissibles leurs pratiques. En somme, tais-toi quand tu parles, tu ne risqueras rien.
Transposons ces brèves de comptoir à notre environnement troublé. Le choix du silence change alors un peu de dimension. On s’y tient pour protéger ses arrières (pardon : la sécurité de son peuple), conserver son strapontin de pouvoir, éviter de se tromper. Après tout, qui nous prouve qu’environ 50 000 Iraniens souvent jeunes ont été massacrés ? On en compte peut-être seulement 49 700… En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’à Gaza, environ 80 000 civils ont perdu la vie sous des bombardements aveugles, c’est le Ministère de la santé du Hamas qui l’écrit, c’est donc exact. Quant aux femmes et filles afghanes, pour protéger ce qui leur reste de vie, mieux vaut tolérer et peut-être un jour reconnaître les Talibans plutôt que de s’attaquer au cimetière des empires. On le regretterait tout autant que ceux qui s’y sont risqués dans l’Histoire. En somme, lorsque l’enjeu est humanitaire et géopolitique, les dirigeants mesurent plus précisément la valeur ajoutée du silence. C’est une capacité nommée REALPOLITIK. Est-ce soutenable ? Non. À ce stade, l’indifférence est un crime.
Revenons à nous, pauvres de nous, pas tout à fait cacochymes mais quand même significativement décatis. Quel rôle pouvons-nous jouer dans cet univers social où le spectacle, l’image, le paraître, la volonté de conformité, de confort, sont si largement partagés ? Le silence est aussi confortable que l’obéissance. Peut-être nous revient-il à nous dont les enjeux de carrière, de réputation, de médailles et de récompenses sont réduits, de nous exprimer, de refuser de nous taire ? Sur quels sujets ? Mais sur les malheurs du monde et les choix de société à privilégier, bien sûr. Facile à dire. Individuellement, nous sommes soumis aux mêmes craintes sociales que tout un chacun. Autorisez-moi à me prendre pour exemple : j’ai peur de ceux qui crient plus fort. S’agissant de Quentin DERANQUE, je me situe en gros dans la moyenne dorée des gens de ma catégorie. Son assassinat m’horrifie, et s’il ne m’appartient pas d’évaluer sa sensibilité politique, je suis absolument certaine qu’il n’est PAS un nouveau Horst Wessel. Mais… Si l’on m’interroge sur la libéralisation du cannabis, ou la fin de vie, j’ai tout intérêt à tourner 50 fois ma langue dans ma bouche avant de l’ouvrir. Si, parfois, j’évoque avec passion la lutte contre la souffrance animale, qu’entends-je ? Que les salades aussi souffrent lorsqu’on les croque… En outre, je ne cache ni mon philosémitisme ni une certaine admiration pour Israël, ce pays fantastique, construit sur les cendres de la Shoah, comme l’écrit le professeur Hervé GHANNAD dans sa revue. Eh bien, vous n’imaginez pas le nombre de critiques souvent acerbes que cela m’attire. J’ai même entendu quelques appels à la prudence, en ces périodes, on ne sait jamais, n’est-ce pas, mieux vaut ne pas se mouiller. Ne rien dire, détourner les yeux et le coeur est un choix, je ne veux plus m’y réfugier. En tout cas, je vais essayer, aidée en cela par des pensées plus élevées que la mienne. La première est proposée par le physicien et philosophe des sciences Etienne KLEIN, qui nous renvoie à une citation - datant de 1940 - de Simone Weil, née il y a 117 ans, nous rappelle-t-il :
Presque partout, l'opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s'est substituée à l'opération de la pensée. C'est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s'est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée.
La seconde nous vient de Shirin EBADI, avocate iranienne exilée à Londres, prix Nobel de la paix 2003 :
Nous ne sommes pas seulement responsables de nos paroles et de nos actes. Nous le sommes aussi de notre silence.
Debout, les taiseux ! Sylvie Lainé
ENTRETIEN AVEC ROY CUSUMANO
La France est, paraît-il, un peu en froid en ce moment avec les Etats-Unis. Comme toutes les brouilles amicales, espérons que celle-ci ne durera pas trop longtemps. Rappelons-nous, comme on le proclame dans les discours langue de bois, les liens qui nous unissent. Rappelons-nous ? Oui, en cette année 2026 qui marque le 250ème anniversaire de l’Indépendance américaine, rappelons-nous de Lafayette, grâce à un Américain qui m’a confié, il y a quelques années, des fragments des souvenirs de sa passion pour cet homme providentiel pour nos deux pays.
Au titre de ce service rendu à l’amitié franco-américaine, ce citoyen américain a été promu par décret le 13 juillet 2018 chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur. Merci à son épouse Diane PERON, qui m’a autorisée, après le récent décès de son époux, Rudolph Cini Cusumano, surnommé plus simplement Roy, à publier des extraits de notre entretien de 2021. Ce professeur de mathématiques, histoire et littérature, né en 1932 à Philadelphie en Pennsylvanie, était marié avec une Française originaire de Saint Nazaire. J’entends penser nos lecteurs attentifs et fidèles : ‘Enfin ! On sort du Pouliguen’. |
La Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique (4 juillet 1776) Le préambule énumère les droits fondamentaux, droits naturels, au premier rang desquels les libertés individuelles : « Nous tenons pour évidents les principes suivants : tous les hommes sont créés égaux ; leur Créateur leur a accordé un certain nombre de droits inaliénables, parmi lesquels sont la Vie, la Liberté et la poursuite du Bonheur. ». | Déclaration unanime des 13 États Unis La Déclaration, dont Thomas Jefferson fut le principal auteur, fait partie des textes fondateurs de la nation américaine, avec la Constitution et la Déclaration des Droits. Parce que le 4 juillet marque « le véritable acte de naissance des Etats-Unis », ce jour est devenu celui de la fête nationale : ‘Independance Day’. |
Roy : Lafayette n’est pas seulement le héros français de la guerre d’Indépendance américaine. Nous l’admirons aussi pour les valeurs qu’il défendait et qui l’ont fait agir : la liberté et la démocratie. Il a vécu selon ses convictions. ‘He walked the talk’ comme nous disons aux USA. C’est aussi pour cela que je me suis passionné pour le personnage, sa pensée et ses actes. Il avait par exemple supprimé sa particule pour devenir simplement « Lafayette » à l’aube de la Révolution française. Il a milité contre l’esclavage, la peine de mort, les privilèges, le travail des enfants. Il a œuvré en faveur des minorités opprimées et pour l’instruction publique. Député, il est l’auteur, en 1789, du projet français de Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Quoi de plus logique qu’un professeur américain, marié à une Française, s’attache à un tel homme ? Après tout, j’ai, moi aussi, partagé ma vie des deux côtés de l’Atlantique. Et d’autres caractéristiques de son parcours résonnent en moi… Je suis né à Philadelphie, là où la Déclaration d’Indépendance a été proclamée. Je connaissais la taverne où Lafayette a rencontré George Washington ! À l’âge de 2 ou 3 ans, Lafayette a perdu son père, militaire tué durant la guerre de sept ans. En 1934, j’ai, moi aussi, perdu mon père, au même âge. C’était le temps de la Grande Dépression engendrée par la crise de 1929 : des millions d’hommes se trouvaient sans travail. Et ce fut pour ma famille le temps de la grande pauvreté : nous n’avions pas grand chose à manger ! En revanche Lafayette, comme moi orphelin de père très jeune, était né riche. La pauvreté, il l’a rencontrée lorsqu’il vint à Paris pour y faire ses études : la vision d’enfants affamés, habillés en haillons, de familles dormant dans la rue, l’a beaucoup marqué. Toute sa vie il s’est dressé contre cette injustice : les riches s’enrichissaient toujours davantage et les pauvres, nés pauvres, étaient condamnés à mourir pauvres.
Q : À 24 ans, à l’occasion de votre service militaire, vous découvrez la France…
Roy : Enrôlé début 1956 dans l’armée américaine, j’ai été, comme des milliers d’autres soldats missionnés par l’OTAN, envoyé en France, à La Rochelle puis Saint-Nazaire, où l’armée américaine avait des bases. J’y ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse… Je voulais contacter des Français et apprendre leur langue. Je parlais italien et j’avais étudié l’allemand, parce que j’aimais la musique. Ainsi ai-je fait la connaissance de mon futur beau-père. Nous nous sommes mutuellement trouvés sympathiques, tant et si bien qu’il m’a invité dans sa famille : « Vous êtes seul ? Venez chez nous, à St Nazaire, voici mon adresse... ». J’y ai rencontré ma future belle-mère, enseignante comme moi et… Diane ! Je me rendais chez eux chaque semaine.
Diane : Ce jeune Américain, si poli, aux yeux si bleus, toujours de bonne humeur, qui venait passer ses soirées avec nous, ne terminait jamais son café : il s’installait au piano dont il jouait très bien, ce qui m’a charmée ! Un jour, il nous a apporté un bocal de pop corn. Nous n’en avions jamais vu ! Il l’a versé dans une poêle à frire, et, comme de juste, le pop corn a explosé, il y en avait partout, par terre, sur les murs, au plafond… C’est ainsi qu’une jeune Nazairienne, dont la mère, Anne, institutrice et poétesse, a donné son nom à une rue de la ville, est partie vivre aux Etats-Unis après notre mariage le 4 juillet 1959, date anniversaire de l’Indépendance américaine. Nous avons fondé une famille, deux garçons sont nés et nous sommes aujourd’hui arrière grands-parents.
Roy : Ce n’est vraiment qu’à l’heure de la retraite, à partir de 1991, que j’ai pu approfondir mes recherches sur l’importance de Lafayette dans cette guerre d’Indépendance américaine, et sur son importance en France à l’aube de la Révolution. J’ai découvert, par exemple, son rôle primordial en mai 1778, dans la bataille de Barren Hill, rôle que les Anglais comme les Américains ont volontairement caché pour éviter de mettre en lumière ce jeune Français engagé dans une histoire qui n’était pas la sienne. Car, face à Lafayette, les Anglais abandonnent le combat… tout en se déclarant vainqueurs. Episode étonnant que je raconte dans mon livre « Trois jours en mai : l’éblouissante échappée du général Lafayette à Barren Hill. » (Three Days in May: General Lafayette’s Stunning Escape at Barren Hills). Le général Lafayette y a en effet déjoué l’attaque de 16 000 soldats de Grande-Bretagne et du Land de Hesse en Allemagne qui encerclaient ses troupes, inférieures en nombre. Leur plan était de capturer le général Washington, retranché non loin de là, avec quelques bataillons épuisés. Vous imaginez le désastre si les Anglais, au lieu d’abandonner le terrain, avaient poursuivi leur attaque et capturé Washington : adieu l’Indépendance américaine ! J’ai écrit plusieurs ouvrages pour tenter d’expliquer qui était Lafayette, pourquoi il voulait être partie prenante dans cette aventure américaine : il voulait vivre les principes de la Déclaration de Philadelphie. Pour ce faire, il a traversé l’Atlantique à moins de 20 ans ! Pour échapper à la surveillance anglaise, il s’est rendu en Espagne, son épouse Adrienne, tendrement aimée, restant en France. Il y a, à ses frais, affrété un bateau sur lequel il a traversé l’océan avec quelques compagnons qui, comme lui, recherchaient la liberté. Il prit contact avec Georges Washington, au service duquel il déclara vouloir se placer. Sa démarche laissa tout le monde dubitatif, y compris Georges Washington au début de leurs relations : un « boy general » , de 20 ans ne pouvait pas réussir ! J’ai voulu comprendre et expliquer pourquoi et comment il a réussi, malgré tous les obstacles. Plus tard, en 1780, après une année passée en France à recruter des troupes, Lafayette revint en Amérique. Ces troupes françaises contribuèrent au succès du général Washington, notamment lors de la victoire décisive de Yorktown, en 1781. La guerre d’Indépendance était gagnée. Washington devint non seulement le plus grand commandant de toute l’histoire militaire américaine mais également un grand président des Etats-Unis.
Avec le concours d’associations comme l’American Friends of Lafayette, j’ai obtenu, en 2000, du sénateur de Pennsylvanie, Edwin G.Holl, qu’un ‘Lafayette Day’ soit instauré, le jour anniversaire de sa naissance, le 23 juin. La même année, le sénateur de Virginie, John Warner, demanda et obtint, le 25 juillet 2002, du gouvernement des Etats-Unis, d’accorder la nationalité d’honneur américaine à Lafayette. Avant lui, seuls Winston Churchill, Raoul Wallenberg, William Penn, fondateur de l’état de Pennsylvanie, sa femme, Hanna, et Mère Teresa avaient reçu ce rarissime hommage. Et sans cette épopée américaine, Lafayette, une fois rentré en France, n’aurait pas rédigé, sous l’inspiration de Thomas Jefferson, le projet de Déclaration constitutionnelle sur le modèle américain. Il n’aurait pas convaincu les députés français de l’adopter et de voter, en août 1789, la Déclaration française des Droits de l’Homme. Il est, véritablement, le Héros de Deux Mondes.
En 1789, la motion de Lafayette est la première présentée à l’Assemblée constituante en vue du projet de Déclaration des droits de l’homme. Il s’inspire du préambule de la Déclaration d’indépendance américaine. Lafayette avait soumis son texte quelques jours auparavant à son ami Jefferson, alors ambassadeur des États-Unis en France. Cependant, sous la plume de Lafayette, le mot bonheur est remplacé par « bien-être ». Le texte de 17 articles est adopté par l’Assemblée, fin août 1789. Le 5 octobre 1789 la Déclaration est ratifiée par Louis XVI. Elle sera promulguée le 3 novembre puis placée en tête de la constitution de 1791. À l’été 1793, lorsque la Convention décrète la Constitution qui dote la France de son premier régime républicain, elle la fait précéder d’une nouvelle Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en 35 articles, proclamée le 10 août. Mais son article premier ne reprend pas la formule de 1789 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. »
Diane : Roy a servi l’amitié franco-américaine, à laquelle nous sommes si attachés, dans sa forme la plus émouvante : par Washington et Lafayette, l’un qui n’avait pas de fils et l’autre qui n’avait plus de père. Roy a vraiment contribué toute sa vie au rayonnement de la France.
Merci encore Diane, pour cette autorisation, et ayons une pensée pour Roy et Lafayette sûrement en pleine conversation au-delà des nuages… Propos recueillis par Sylvie Lainé le 23 mars 2021
Extrait d’un texte de Fabienne Manière*
« Né en Auvergne, Gilbert Motier, futur marquis de La Fayette, a 19 ans quand il embarque le 17 avril 1777 sur la Victoire, une frégate affrétée à ses frais, grâce à une avance sur sa fortune. Un an plus tôt, les Insurgents ont proclamé unilatéralement leur indépendance. (…) La Fayette reçoit le grade de major général et devient le proche collaborateur et l'ami du commandant en chef George Washington, qu’il considère comme un père. En 1779, il revient en France, où il plaide la cause de l'insurrection. Accédant à sa demande, le roi Louis XVI envoie un corps de 6 000 hommes outre-Atlantique (…). Le 21 mars 1780, La Fayette embarque (…) sur la frégate L’Hermione donnée par le roi. À la tête des troupes de Virginie, il harcèle l'armée anglaise (…) et remporte la victoire décisive de Yorktown le 17 octobre 1781. Au début de la Révolution, il est élu député de la noblesse aux Etats Généraux. Il prête serment devant le roi au nom de la garde nationale, le 14 juillet 1790, lors de la Fête de la Fédération. Mais son étoile se ternit lorsque le roi et sa famille tentent de s'enfuir et sont rattrapés à Varennes le 21 juin 1791. Après la chute de la monarchie, (…) il prend la fuite, est incarcéré par les Autrichiens. Libéré 5 ans plus tard, il se tient à l'écart jusqu'à la chute de l'Empire, en 1814. En 1818, sous le règne de Louis XVIII, il est député de la Sarthe. Et, lorsque la révolution des Trois Glorieuses chasse Charles X du pouvoir, il accueille à l'Hôtel de ville de Paris, à près de 73 ans, le 31 juillet 1830, le duc Louis-Philippe d'Orléans (…) et convainc les insurgés de le porter sur le trône comme roi des Français en le présentant comme la « meilleure des républiques »...
*Ancienne élève de l'École des Chartes, Fabienne Manière supervise un service d'archives historiques aux Archives nationales. Elle compte au nombre des auteurs de herodote.net le media de l’histoire.
Quittons Lafayette et Roy sur la pointe des pieds mais avec le sourire grâce à un dessin d’Henri-Gabriel Ibels (1867-1936), artiste fondateur du groupe des Nabis. Il s’était illustré par son engagement social et politique, notamment durant l’affaire Dreyfus. Peut-être avez-vous parcouru l’exposition que le musée départemental Maurice Denis de St Germain en Laye lui a consacré du 25 novembre dernier au 1er mars 2026 ? Non, deuxième chance : elle sera bientôt présentée au musée Toulouse-Lautrec d’Albi, du 4 avril au 26 juillet. Légende du dessin : ‘Oncle Sam : Vous me parlez toujours de Lafayette ! … Serait-ce le directeur des célèbres galeries ?’ |
Enfin une réponse à la question existentielle : pourquoi les pénis humains sont-ils si grands ? Personnellement, je ne me la suis jamais posée, m’étant jusqu’à présent détournée des pénis non humains, j’ai des principes. Mais il semble que des scientifiques payés pour trouver des réponses à d’étranges questions, aient publié une nouvelle étude (dans Plos Biology) sur l’évolution qui révèle deux raisons principales à cette différence de dimension. Il s’agit d’Upama AICH et de Michael JENNIONS, biologistes d’universités australiennes. Ma lettre d’information préférée, theconversation.com leur ouvre une page de sa publication du 4 février 2026. Figurez-vous qu’en effet, comparés à ceux des (autres) grands singes, les pénis humains sont mystérieusement plus longs et plus épais que ce à quoi on pourrait s’attendre pour un primate de notre taille.
Pourquoi ? Eh bien, sachez, qu’outre la fonction principale du pénis - transférer le sperme -, celui de l’humain en remplit deux autres : attirer des partenaires et intimider les rivaux. Une étude antérieure de 13 ans avait démontré que les femmes préfèrent généralement (343 silhouettes masculines présentées) les hommes plus grands, avec des épaules plus larges et un pénis plus grand. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Entre nous, fallait-il consacrer un budget à une telle recherche ? Et, aujourd’hui, autre nouvelle trouvaille, on a démontré que les hommes aussi prêtent attention à la taille du pénis de leurs congénères. Chez les lions, c’est la crinière, chez les cerfs, ce sont les bois qui, outre attirer les femelles, servent à signaler la capacité de combat aux autres mâles. Chez les humains, c’est juste le pénis. Il est vrai qu’ils ont marché debout bien avant l’invention des vêtements, ce qui rendait ce pénis très visible aux yeux des partenaires et des rivaux pendant une grande partie de notre évolution. Pour valider l’hypothèse, les chercheurs ont montré à plus de 800 hommes et femmes les fameuses 343 silhouettes variant notamment en taille de pénis. Les femmes évaluaient l’attrait sexuel et les hommes la potentialité de dangerosité dans la rivalité. Chic ! Nous disposons désormais de preuves indiquant que l’évolution de la taille du pénis pourrait avoir été en partie guidée par les préférences sexuelles des femmes et par son rôle de signal de capacité physique entre hommes. Heureusement, les chercheurs sont conscients des limites de leur expérience. Dans la réalité, les traits du visage et la personnalité jouent aussi un rôle important dans la manière dont nous évaluons les autres. Et les normes culturelles de la masculinité varient à travers le monde et au fil du temps.Ouf ! On n’est pas que des bêtes.
https://theconversation.com/fr/search?q=Etude+sur+les+p%C3%A9nis+humains
À quelques jours de la journée internationale des droits des femmes le 8 mars prochain, dont la thématique est cette année : Droits, Justice, Action, intéressons-nous aux femmes et filles afghanes. Pour elles, ce n’est pas gagné… Le 4 janvier dernier, les Talibans ont publié un nouveau code de procédure pénale à application immédiate. Françoise HOSTALIER, Présidente du Club France-Afghanistan, livre les grandes lignes de ses 119 articles.
Face aux juges, l’accusé n’a plus aucun droit (pas d’avocat, pas de témoins à décharge, pas le droit de contester, ni celui de garder le silence…), il doit se soumettre et accepter la sanction (même s’il ne sait pas de quoi il est coupable).
Une nouvelle société afghane est créée : les individus sont répartis en castes pour lesquelles les lois s’appliquent différemment. Il existe maintenant 4 groupes : les érudits religieux, les nobles (chefs de clans etc.), la classe moyenne et la classe inférieure. Pour une même infraction, délit ou crime, la sentence sera différente suivant la classe de l’individu. La Fontaine l’avait déjà dit en 1678 dans ‘Les Animaux malades de la peste’ : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.». Mais aucun pays n’avait encore osé, de nos jours, légaliser une telle infamie.
La délation, notamment familiale, est encouragée sous peine d’être soi-même accusé de non dénonciation et condamné. De plus, il est précisé qu’il n’est pas nécessaire de passer par un juge pour punir un mauvais comportement ; un «bon musulman» assume de punir lui-même le (le plus souvent la) coupable.
Et apparaît le mot « gholam »… Certains le traduisent par ‘esclave’. Le mot crée une sous-catégorie de personnes n’ayant aucun droit. Les femmes et les enfants bien sûr mais aussi les personnes dépendantes. Ces personnes n’ont droit à aucune protection, pratiquement elles ne sont pas reconnues comme des êtres humains à part entière. Le code n’interdit que la violence qui cause des blessures graves, tandis que d’autres types de violences physiques, psychologiques et sexuelles restent autorisés. Les femmes étaient déjà totalement soumises à leur mari. Elles n’avaient déjà aucun droit, mais ce nouveau code confirme l’application des divers décrets depuis août 2021 et la loi du 23 août 2024 (voir : https://sciences-et-societe.univ-poitiers.fr/afghanistan-comprendre-la-nouvelle-legislation-instauree-par-les-talibans/) Conformément à l’article 32 du code, si le mari frappe la femme avec un bâton et si cette action entraîne une agression grave telle que « blessure ou corps meurtri», si la femme peut le prouver devant le juge, le mari sera condamné à quinze jours d'emprisonnement. Sauf que, pour prouver la réalité des blessures il faut dévoiler son corps, ce qui est interdit. D’autre part la femme accusatrice doit être accompagnée devant le tribunal d’un chaperon masculin, en l’occurrence son mari, c’est-à-dire son bourreau. L'article 34 stipule que si une femme, sans la permission de son mari, se rend à plusieurs reprises au domicile de son père ou d'autres membres de sa famille, le plus souvent pour chercher refuge contre sa violence, cette femme et tous les membres de sa famille sont considérés comme des criminels et condamnés à trois mois de prison. Contribution de Françoise HOSTALIER, Présidente du Club France Afghanistan
Peut-on ignorer de telles atteintes aux droits humains ? Ce nouveau code pénal exige, à défaut de réaction, une parole continue, pas un silence. Qu’en pensez-vous ?
À BIENTÔT, JEAN-PIERRE DE NICE !
Dans le n*28, Jean-Pierre de Nice évoquait l’enfance, thème d’espérance, et quelques faits sur l’immigration, souci pérenne… Dans ce n*29, comme prévu, parlons du canal de Panama, parlons de la « guerre des canaux interocéaniques » qui continue en 2026 à crisper des discussions internationales, comme en 2013… Non, rien de nouveau sous le soleil.
2013 toujours…
La « guerre des canaux interocéaniques » fait rage … pas moins de 5 projets visant à remplacer ou compléter le canal de Panama, engorgé, sont en concurrence : au Mexique, au Guatemala, au Nicaragua, au Honduras/El Salvador, et enfin au Panama même. Sans compter la Colombie, qui y penserait aussi … Le problème est le financement de ces projets plus ou moins pharaoniques, dont le coût de réalisation se chiffre en milliards de dollars. Pourtant, nul ne conteste que l’actuel canal de Panama, ouvert en 1914, ne peut plus faire face à un trafic en augmentation permanente (plus de 14.000 bateaux l’ont emprunté en 2012). Mais il est clair qu’il n’y a pas la place, économiquement parlant, pour autant de projets. Chaque pays n’en continue pas moins de défendre le sien comme étant le meilleur et le plus rentable, chiffres plus ou moins fantaisistes à l’appui. Le Nicaragua vient de signer un accord pour le développement de son projet de canal interocéanique avec la compagnie chinoise « HKNicaragua Canal Development Investment Co., Ltd », qui a confié à un ingénieur australien le pilotage du projet. Le gouvernement guatémaltèque de son côté vient de déclarer « d’utilité publique et d’intérêt national » son propre projet (372 kilomètres sur 140 mètres de large, un port prévu pour les plus grands bateaux existant, une voie ferrée), estimé à « seulement » 8 milliards de dollars. Ce projet est soutenu par « Eurogas Enterprises » (avec l’appui financier du Danemark, de la Hollande et de la Finlande), qui s’est engagé à financer avant la fin de l’année l’expropriation des 3.500 propriétaires terriens concernés. Inutile de dire qu’on ne leur a pas demandé leur avis ! Le projet nicaraguayen est estimé à 40 milliards de dollars, et comprendra une voie maritime et une voie ferrée, des zones franches, deux aéroports internationaux et deux ports en eaux profondes. Il se heurte dès à présent aux représentants des populations indigènes dont le territoire est concerné, qui reprochent au gouvernement de ne pas les avoir consultées et dénoncent les dégâts prévisibles sur l’environnement. L’arraisonnement par les garde-côtes du Panama d’un navire provenant de Cuba et transportant des armes (semble-t-il des missiles sophistiqués) vers la Corée du Nord fait par ailleurs grand bruit … Ce navire, battant pavillon nord-coréen, avait déjà été arraisonné en 2010 par les autorités ukrainiennes pour transport illégal de drogue, d’alcools et de munitions. Les autorités de Pyongyang ont immédiatement exigé que le bateau et son équipage soient libérés, prétendant sans rire que les armes transportées étaient « vieilles et seraient réexpédiées à Cuba dès qu’elles auraient été remises en état ». Le Panama a fait appel au Conseil de Sécurité de l’ONU pour que celui-ci envoie des experts afin d’inspecter la cargaison…
Vous trouvez peut-être que dans ces « chroniques du monde maya », on ne parle pas beaucoup des Mayas (ou du moins de leurs descendants), justement … Et bien ici, ils ne comptent quasiment pas ! Bien que très largement majoritaires dans le pays, ils restent assez marginalisés, ne participent guère à la vie politique du pays (leur division en 24 ethnies, ne parlant pas la même langue, ne facilite pas les choses), et pour l’essentiel essaient de survivre dans les moins mauvaises conditions possibles. Après des décennies de massacres et de destructions de leurs villages, ils vivent à peu près en paix depuis 1996, et pour eux, c’est déjà pas mal ! Ils sont bien sûr sans illusion sur les hommes politiques du pays, et n’attendent rien de l’Etat, qui les a déjà tellement grugés au fil du temps. Gentils par nature, souriants, paisibles, humbles, souvent proches de la misère, ils survivent comme ils peuvent, essayant de préserver leur culture, leur mode de vie, leurs croyances et leurs traditions, y compris religieuses, tout en courbant officiellement le dos devant ce qu’on leur présente comme étant « le progrès ».
Un dernier commentaire qui n’a rien à voir : je viens par hasard de retrouver sur mon ordinateur les « chroniques » que j’écrivais en 2006 depuis l’Afghanistan. J’y prévoyais notamment le retour des Talibans … On y vient ! Mais il n’était pas nécessaire d’être grand clerc pour le prévoir… Jean-Pierre de Nice
| Au revoir le Guatemala ! Avec cet épisode, nous quittons le Guatemala, et, provisoirement, Jean-Pierre de Nice, qui a tant d’autres récits et opinions à nous proposer, qu’il lui faudrait une gazette ou plusieurs cahiers réservés. |
Prochainement, nous irons en Italie, mon pays de coeur, pays de rêves et de contrastes, pays de Pier Paolo PASOLINI, lequel, croit-on, avait un jour énoncé cette proposition : ‘LE FASCISME PEUT REVENIR SUR LA SCÈNE À CONDITION QU'IL DECIDE DE SE RENOMMER ANTI-FASCISME’.
Pour faire une large place à vos réactions, commentaires, propositions d’articles, ‘Mémoires Vives’ va présenter 2 formats : la GAZETTE, telle celle d’aujourd’hui, et les CAHIERS, un numéro sur deux, qui portera VOS propos, critiques, avis, réflexions, commentaires. N’hésitez pas à nourrir ces Cahiers , dont vous lirez un exemple dans le n*30 !
Avant de nous quitter, je vous offre une phrase, lue dans une brève de Philippe SOLA écrivain et philosophe, sur Linkedin, le 28 janvier dernier :