LES COULEURS DE L'ESPOIR

LES COULEURS DE L'ESPOIR : Dans ce numéro 28, de la chatoyance et de l'espérance, normal en ce début d'année... Au fait, vous prendrez bien encore un peu de voeux ? Egalement, la mémoire vive d'un peintre, une expo vibrante de lumière, un détour par le Guatemala et un hommage au peuple iranien.

Mémoires Vives
11 min ⋅ 18/01/2026

SOMMAIRE DU N°28 : LES COULEURS DE L’ESPOIR

EDITO : LES COULEURS DE L’ESPOIR

VOUS PRENDREZ BIEN ENCORE UN PEU DE VOEUX AVEC PERRINE ?

MÉMOIRES VIVES : COULEURS ET PLÉNITUDE, ENTRETIEN AVEC JEAN SARRÉO

A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU DE LA PLÉNITUDE

ARCHEO FEUILLETON : GUATEMALA, LE RETOUR

PEINTURE ET PARTAGE

BONNE LECTURE !

EDITO : LES COULEURS DE L’ESPOIR

Un début d’année en demi-teinte, voire en tiers et même en quart de teinte : le monde s’inquiète et nous, pauvres humains en quête de mieux adoptons la tendance ‘lamentations en tous genres’. Il est vrai que ces débuts 2026 sont assez rebutants. En Iran, on tue, les Etats-Unis envisagent, actes à l’appui, de gouverner les terres des autres, les bovins européens sont malades, au Soudan comme au Nigéria et dans d’autres lieux de l’Afrique sub saharienne, on massacre les chrétiens en commençant souvent par les chrétiennes, la Russie ne se calme pas, le Hamas continue d’y croire, le narco dictateur est-il vraiment neutralisé, la Suisse pleure et nous pleurons avec elle, effondrés et incrédules… En même temps (formule un peu passée de mode), pendant les désastres, l’Afghanistan accentue son effort de déshumanisation, profitant du silence des bavards, qui ne savent plus quel sang et quelles larmes dénoncer. En même temps (oui, encore), il manque toujours un budget à la France, mais on s’en fiche, après tout, on est déjà quasi en faillite. Que reste-t-il donc à nos âmes pour se réveiller ? L’ESPOIR, oui, l’espoir, la seule énergie vraiment gratuite qui permet de continuer. L’espoir est une volonté, il est un récit qui raconte l’avenir que l’on souhaite plutôt que celui que l’on craint. Il nous incite à rêver ET à transformer nos rêves en projets. Il ne nous protège pas de la peur, il nous enseigne à faire avec. Il nous propose de préserver la joie, d’accepter de voir briller les couleurs de nos vies et de la vie. Mémoires Vives vous y invite avec Jean Sarréo qui a dessiné notre carte de voeux. Il expose à partir de ce 24 janvier d’optimistes chatoyances, on en montre plus loin.

Et pour saluer comme il se doit cette année incertaine, relisons ensemble le discours de Stockholm, prononcé par Albert CAMUS le 10 décembre 1957, lors de la cérémonie d’attribution des prix Nobel. Il y parle de ‘la tâche de l’écrivain’ ‘dans un contexte de destruction et d’oppression’. Cette tâche est ‘de se tenir au côté des opprimés’, ‘au service de la vérité et de la liberté’. Il parle du ‘mensonge et de la servitude qui, là où ils règnent, font proliférer les solitudes’. Il parle de la noblesse du métier d’écrivain enraciné ‘dans deux engagements difficiles à maintenir, le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression’. Il parle de ‘l'erreur de ceux qui, par une surenchère de désespoir, ont revendiqué le droit au déshonneur’. Il parle de ‘naître une seconde fois’, et (de) lutter ensuite, à visage découvert, contre l'instinct de mort à l'œuvre dans notre histoire’. Sa parole est contemporaine : “Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse.

Clin d’oeil : ci-contre l’image d’un ouvrage quasiment introuvable, publié par Gallimard en 1958, ‘Discours de Suède’ d’Albert Camus, édition originale, cartonnage d’après maquette de Mario PRASSINOS, orné d'un décor noir et doré. (Source image : Librairie Faustroll, Paris) Heureusement, le ‘Discours de Stockholm’ a été réédité avec l'ensemble des ‘Discours de Suède’ de 1957 en Folio… Et, bien sûr, pour l’écouter, il y a You Tube.

Retrouvons les essentiels de cette parole indispensable aujourd’hui comme hier :‘Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n'ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S'il m'est nécessaire au contraire, c'est qu'il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L'art n'est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d'émouvoir le plus grand nombre d'hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l'artiste à ne pas s'isoler; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle.’ Il continue ainsi :

Les vrais artistes ne méprisent rien; ils s'obligent à comprendre au lieu de juger. (…) L’écrivain ne peut se mettre au service de ceux qui font l'histoire : il est au service de ceux qui la subissent. (…) Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. (…) Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir. Devant un monde menacé de désintégration, où nos grands inquisiteurs risquent d'établir pour toujours les royaumes de la mort, elle sait qu'elle devrait (…) restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. (…)

VOUS PRENDREZ BIEN ENCORE UN PEU DE VOEUX AVEC PERRINE ?

Nous refusons les voeux brouillés, les voeux de ville, les voeux pieux, nous ne jouons jamais avec des voeux dangereux, nous ne vous souhaiterons pas des voeux durs, ni des voeux mollets, nos voeux ne sont ni battus, ni pochés au réveil comme pourraient l’être des voeux cocotte… Voici les voeux de Perrine, des voeux d’or.

Je vœux, nous voulons de meilleurs vieux de meilleurs voeux ! Nous sommes fatigués des injonctions au bonheur véhiculées par Noël 2025, des repas de famille, des photos de tablées trop grasses et des ouvertures de cadeaux au pied du sapin. Démarrons 2026 avec des voeux bien de chez nous, traditionnels, venus de siècles passés, ou de nos vieux à nous, qui ne marchent plus très vite et se couchent tôt !

Mais au fait, comment les vœux et bien sûr les bonnes résolutions traversent-ils les âges ? Invoquons-nous les mêmes à 15, 25, 35 ou 75 ans ? Il y a certes l’intemporel souhait de bonne santé, cependant, à 15 ans, avons-nous conscience de ce qu’est une ‘bonne’ santé ? En 2026, oui, via les cours de sciences et vie de la terre, nous apprenons rapidement que nous possédons ‘ONE HEALTH’ : si notre environnement est malade, nous le serons aussi. En 2026, enfants et adolescents sont exposés aux cancers pédiatriques et à l’éventuelle perte d’un ami atteint. Ils le savent. Et le craignent pour certains.

À quelqu’un/e de 25 ans, faut-il souhaiter de rencontrer un prince charmant (beau, riche et bien portant) ou une princesse charmante (belle, riche et musclée) ? Peut-être souhaite-t-il/elle seulement une vie rangée, un prêt immobilier avantageux, un enfant, ou plutôt un chien ou un chat, c’est, croit-on, plus facile à ‘gérer’ ? Allez, je lui souhaite un somptueux mariage. C’est ringard ? Changeons : je lui souhaite une vie d’aventurier tout autour du monde, mais pas en 80 jours, non, en plusieurs années et pas en avion.

À 35 ans, c’est l’entre-deux, on pense à ses parents, à ses enfants, qu’ils soient en bonne santé, surtout ! Voici venu le temps des fortes résolutions, des décisions ardues : « j’arrête de fumer » (un truc de vieux), “je participe au ‘Dry January' “ , et bien sûr, on s’inscrit à une salle de sport ET ON Y VA (dans ce domaine, il ne suffit pas de payer, comme quoi l’argent ne peut pas tout).

À 75 ans, est-ce l’heure de l’égoïsme, du ‘no regrets’ ? Une nouvelle et étrange aspiration peut surgir : vite, vite, réaliser ses rêves les plus fous avant qu’il ne soit trop tard, postuler comme astronaute, s’inscrire sur un site de rencontres senior, faire du yoga, aller au casino, se lancer dans l’humanitaire, apprendre à cuisiner ou le swahili, BREF vivre enfin ce que l’on n’a pas vécu dans sa vie professionnelle, sa vie de parent, sa vie de grand-parent. Pourvu que mon état de santé et mes moyens me le permettent, pourvu que mon esprit ne se sclérose pas (trop), que mes jambes suivent la course, que mes amis ne meurent pas avant moi. Soyons raisonnables : à 75 ans - et même parfois beaucoup, beaucoup plus jeune - on n’aspire pas vraiment à l’inatteignable. L’important, on le sait, c’est d’aimer, aimer et aimer encore.

Terminons avec un zeste de solennel. Optons pour des voeux de paix, de confiance partagée, d’harmonie collective. Souhaitons-nous tout simplement un avenir, nous ferons le reste. Assurément, oui, nous ferons le reste : aux quatre coins du monde, chacun de nous aura à cœur de retrouver un monde en paix, un monde tourné vers l’union pour tous les âges, pour toutes les cultures, pour toutes les religions. Bonne année ! Perrine Sailly

MÉMOIRES VIVES : COULEURS ET PLÉNITUDE

ENTRETIEN AVEC JEAN SARRÉO, PEINTRE

Jean SARRÉO, Nantais, est peintre et président des ‘Ateliers de la Gobinière’, dont l'objet est d'encourager et développer la pratique et la connaissance des arts plastiques, de la peinture, du dessin et de la sculpture. Elle est l’une des principales associations en France dédiée aux Arts plastiques : plus de 550 adhérents participent à ses cours, conférences et expositions, dans le parc du Château du même nom (https://www.atelierslagobiniere.org)Un peintre engagé dans la vie associative culturelle, c’est logique. Mais la vie professionnelle de ce peintre-là s’est déroulée au service de l'Etat, comme haut fonctionnaire des finances. Faut-il chercher une logique dans les parcours atypiques ? Dans le cas de Jean, le goût pour la spiritualité explique-t-elle la diversité des chemins empruntés par ce pèlerin, adepte de Compostelle et de Rome ? Ah ! J’oubliais. Ce retraité actif est chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur et membre du Bureau de la section de Loire-Atlantique de la SMLH (Société des membres de la Légion d’honneur). Heureusement, il a le sens de l’humour, du vin et de la bonne chère. Ouf ! Lors de notre entretien, je l’ai interrogé sur le sens de ses engagements multiples…

JS : Le sens de mon engagement dans la vie ? Je crois que sur mes chemins de pèlerinage, j’ai pu mener une réflexion sur la générosité, la bienveillance et le service des autres. J’ai compris que je pouvais dans notre monde fait d'antagonismes, espérer trouver ainsi une certaine plénitude apaisante. À travers ma peinture, je veux être seulement un ‘passeur’ de joie et d’optimisme. C’est ma seule ambition, je n’ai pas d'ego à défendre. Si mes oeuvres plaisent, c'est du bonus !

Q : Expressionniste et affirmée, votre peinture est maîtrisée. Comment êtes-vous parvenu à ce résultat ?

JS : C’est une longue histoire, il a fallu que j’atteigne l’âge de la retraite pour m’adonner de manière soutenue à la peinture. Recruté au ministère des finances pour réaliser des études économiques et exercer dans le domaine budgétaire, j’étais professionnellement plutôt plongé dans des tableaux excel et comptables que devant des tableaux d’art plastique ! Peut-être ai-je appris à travers ce parcours une certaine rigueur ? J’avais déjà un goût prononcé pour la peinture : j’ai eu la chance de travailler dans les bâtiments du Louvre quand  mon ministère y était installé rue de Rivoli à Paris. C’était un appel à arpenter les salles de l’immense musée, mais aussi à visiter les galeries des 6ème et 7ème arrondissements tout proches ! Et ceci pendant près de 40 ans ! Cela forme  le goût. Cela interroge sur les intentions et motivations des artistes aussi nombreuses que diverses.

Q : Qu’est-ce qui vous a incité ensuite à manier les pinceaux ?

JS : C’est justement d’avoir « fréquenté » tous ces personnages et leurs œuvres pour percevoir leurs motivations et les buts qu’ils poursuivaient. Pourquoi et comment Rembrandt restituait-il si bien le clair obscur ? Pourquoi Soulages ne s’exprimait-il qu’avec la couleur noire ? Pourquoi les Fauves peignaient-ils des arbres rouges, pourquoi les Nabis supprimaient-ils la perspective et comment Nicolas de Staël rendait-il fidèlement l’atmosphère des toits parisiens et des paysages méditerranéens ... ? Tout geste artistique a son sens propre et relate une recherche liée à la personnalité et à la vie de l’auteur. C’est cette sorte d’intimité qui m’a conduit à vouloir vivre l’expérience de la création. Cela dit, mes essais d’alors sont restés bien timides …

Q : Qu’est-ce qui vous a fait le plus évoluer ? Votre connaissance plus approfondie de l’art ou votre expérience de la vie ?

JS : Les deux bien évidemment ! Tout d’abord être témoin de l’évolution accélérée des styles au cours du XXème siècle conduit à modifier la perception de l’expression artistique et donc à autoriser une plus grande liberté dans la manière de peindre. Et les réflexions que l’on a à mon âge sont plus profondes en ce qu’elles reflètent les vicissitudes de la vie, les engagements poursuivis et les rencontres que l’on a faites.

Q : Vous reconnaissez-vous un style ?

JS : Une sélection s’était faite au long des années dans mon univers pictural. Mes goûts pour certaines expressions artistiques se sont affinés. Albert MARQUET, SOULAGES et Nicolas de STAËL ont toujours fait partie de mon Olympe. Avec ces bases et une pratique personnelle plus ou moins continue, j’ai suivi des cours. Inscrit depuis plus de 10 ans aux ‘Ateliers de la Gobinière’, j’y ai enrichi mon expression par des apports pratiques et théoriques en travaillant avec un artiste-peintre professionnel, Marc GRATAS. Cela m’a construit. C’est sous sa houlette aussi exigeante que libératrice, que j’ai exploré les voies de l’abstraction dans ma quête d’une certaine vision harmonieuse de notre monde.

Q : Comment votre expérience de vie a-t-elle influencé votre travail artistique ?

JS : La retraite arrivée, j’ai abordé d’autres activités : dans les domaines de la santé auprès d’une fondation hospitalière, de l’immigration avec l’application du droit d’asile, de l’emploi avec le soutien aux chômeurs, de la solidarité et de l’entraide à la SMLH, ou de la coopération internationale en Afrique… Elles m’ont confronté avec la pauvreté, la maladie, la précarité et les accidents de la vie. Les longues marches sur les chemins de pèlerinage, avec ses rencontres de tant de personnes aux parcours si distincts, m’ont offert de beaux moments de méditation sur la vie des êtres dans notre société. Et ma pratique de la peinture aux ‘Ateliers de la Gobinière’ qui a débouché sur la prise de responsabilité dans l’association qui est la mienne aujourd’hui ont renforcé mes convictions. L’entraide, l’écoute de l’autre, les moments de partage sont pour moi des guides précieux, ils donnent un sens à mon existence.

Q : Une dernière question : à quoi pensez-vous quand vous créez une toile ?

JS : J’emprunte les mots de mon professeur : « votre démarche est celle d’un homme obstiné dans une quête essentielle : pour vous, la lumière est là, prête à surgir, pour peu que l’on s’attache à sa poursuite dans le silence intérieur». Ma recherche est spirituelle, elle veut adresser un message de partage, d'amour et d’espérance.

Merci Jean de cet échange ! Propos recueillis par Sylvie Lainé

À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU DE LA PLÉNITUDE

Jean SARRÉO présente ses travaux des derniers mois réalisés dans l'atelier de l'artiste-peintre Marc GRATAS, sur les murs de la Micro-Folie - Culture en Folie -, au Pouliguen du 24 janvier au 7 mars 2026. Marc GRATAS (professeur d’art abstrait) et Marion JOUSSEAUME (médiatrice culturelle) sont d’un même avis sur les toiles qui seront exposées : elles reflètent de manière abstraite l’évocation d'un ressenti très personnel de l’univers de Jean Sarréo. L’exposition s’intitule tout naturellement : ‘À LA RECHERCHE DE LA PLÉNITUDE’, nous vous y convions avec plaisir.

Je vous entends penser, ceux qui résident ailleurs qu’en Loire-Atlantique, voire ailleurs qu’en France : ‘C’est TROP loin de chez nous’. Qu’à cela ne tienne, nous vous proposons, pour nourrir votre optimisme en ce début 2026, une mosaïque de toiles et de couleurs…

ARCHÉO FEUILLETON : GUATEMALA, LE RETOUR

AVEC JEAN-PIERRE DE NICE

Vous situez le Guatemala ? Ce pays d’Amérique latine, au sud du Groenland et à l’Ouest de l’Iran ne fait pas encore l’objet d’offres d’achat, et on y compte (très) peu de mollahs (si même il en existe là-bas). Est-ce une raison pour ne pas conter ses légendes et son histoire récente - celle de l’année 2013 - dont les échos résonnent dans notre actualité ? Nous avons suspendu - en fin d’année dernière - les ‘Chroniques Maya’ avec un texte sur les mystères de la civilisation et du peuple mayas. Retrouvons-les ce mois-ci, grâce à Jean-Pierre de Nice, avec un regard sur l’enfance, thème d’espérance, et quelques faits sur l’immigration, souci pérenne.

2013 toujours…

Le gouvernement vient de décider qu’il ne distribuerait pas de contraceptifs a déclaré un représentant du ministère de la Jeunesse. Il préfère développer l’éducation sexuelle. Encore faudrait-il le faire ! L’an dernier, en 2012, 46.000 jeunes filles âgées de 15 à 19 ans se sont retrouvées enceintes, et 40% d’entre elles ont, de ce fait, quitté le système éducatif pour ne plus y revenir …

Photos : Sylvie Lainé, 2011

Beaucoup de bébés du hasard, en somme, qu’il s’agit d’identifier. Un processus d’identification de plus de 7 millions d’enfants mineurs (0 à 17 ans) vient d’être lancé. À chacun, il sera délivré un document d’identité sur lequel figureront, outre sa photo, ses nom et prénoms, ceux de ses parents, son adresse. Enfin ! Dans ce pays, on estime que 20% de la population ne possède aucun papier d’identité (jusqu’à 40% chez les Indiens). Identifiés ou non, ces enfants, il faut les nourrir. Or, selon les autorités administratives locales, 34% des 7.000 enfants répertoriés comme étant en état de malnutrition sévère, soit près de 2.500, âgés de moins de 5 ans et identifiés, sont en danger de mort. C’est énorme, et malgré tout sans doute en-dessous de la réalité. La vice-présidente de la République a prétendu que ces cas étaient connus et suivis. Certains (de mauvaises langues ?) pensent plutôt qu’elle a découvert ces chiffres alarmants en lisant le journal. Le Programme Mondial contre la Faim et l’UNICEF soulignent qu’ils ne disposent d’aucune statistique sérieuse en ce qui concerne le Guatemala. Au même moment où sont publiés dans la presse ces chiffres dramatiques, le ministre de l’Agriculture recommande à la population de consommer davantage « d’herbes ». Et le ministre d’avaler, sous les feux de la presse, une bonne soupe de «macuy», une plante locale, tout en déplorant qu’il n’y ait pas de fromage dedans ! Et tout cela, sans rire …. Mais en déclenchant tout de même l’hilarité générale.

Photo : Sylvie Lainé, 2011

Une fois nourris, comment éduque-t-on ces enfants ? Il y a au Guatemala un peu plus de 211.000 enseignants toutes catégories confondues (dont 88.000 dans le secteur privé), pour 4,5 millions d’étudiants (dont 1,1 dans le secteur privé), et 42.000 établissements d’enseignement. Le salaire des enseignants du secteur public est modeste, de 275 à 290 € en début de carrière, et de 610 à 650 après 25 ans de service. Compte tenu des critères locaux, ce n’est pas trop mal. Quant au pourcentage du PIB investi par le Guatemala dans l’éducation, il n’est que de 2,8%, en-deçà des autres pays d’Amérique centrale (entre 3,4 et 5,8%). Le taux d’analphabétisme reste élevé (officiellement 16,63%).

Venons-en à une question sensible : les mouvements de population. Sur les 45 millions de personnes dans le monde ayant le statut de « réfugié » ou de « déplacé » comptabilisées par le Haut-Commissariat de l’ONU, en 2012 - 2013, plus de 800.000 proviennent d’Amérique latine. Un peu plus de 1,6 million de ressortissants du Guatemala, du Honduras et du Salvador, pays les plus touchés par l’insécurité, sont installés aux Etats-Unis et au Canada. Plus surprenant : des ressortissants du Cameroun, du Népal et de Chine ont cherché refuge … au Guatemala ! Les Etats-Unis ont renvoyé chez eux près de 25.000 clandestins guatémaltèques au cours des 6 premiers mois de 2013, 5.000 de plus qu’en 2012 pour la même période. Ces expulsions (14 vols par semaine depuis le Texas et l’Arizona) ont des conséquences économiques et sociales énormes (retour au village avec une dette colossale envers les passeurs, pas d’« aide au retour », sans parler de l’humiliation vis-à-vis des proches). Mais elles ne découragent pas les candidats à l’émigration. Quand on pense à tout l’argent que cela coûte, on se demande comment les « têtes pensantes » n’ont pas encore compris qu’il serait plus astucieux, moins onéreux et plus humain, d’aider économiquement ces familles désespérées à rester sur place plutôt que d’ériger des murs-frontières, de payer des forces de surveillance de ces frontières, des charters, …). Mais pourquoi faire simple si on peut faire compliqué ? Jean-Pierre de Nice

À suivre … Dans notre prochain numéro : la « guerre des canaux interocéaniques » fait rage … pour remplacer ou compléter le canal de Panama, engorgé.

PEINTURE ET PARTAGE

Rendons hommage au courage des femmes et des hommes iraniens avec cette illustration de Fadila TATAH, directrice artistique, graphiste Web, membre de la SACEM, de la SCCP (Société civile des producteurs phonographiques). Cette illustration est aussi une vidéo, voir https://www.fadilatatah.com/

Mes pensées au peuple iranien,

qui m’évoque force et courage” écrit-elle.

*

À bientôt, en février 2026, avec le n*29 qui vous réserve une nouvelle surprise !

MERCI à Perrine SAILLY, Jean SARRÉO, Marion JOUSSEAUME, Marc GRATAS, Jean-Pierre de NICE, Fadila TATAH, qui ont contribué à ce n°28

aux côtés de votre bien dévouée Sylvie LAINÉ.

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Mémoires Vives

Par Sylvie Lainé

Auteure d’ouvrages de management et essais personnels, conférencière. Curieuse de tout, de rien, de ce qui passe, des informations venues du monde qui change, des paysages, des gens.

Parcours professionnel : stratégie, communication institutionnelle, management, conduite de changement, ingénierie et animation de formation comportementale, coaching de dirigeants et équipes de direction, évolution culturelle des organisations, négociation et communication interculturelle.

Langues d'intervention : français, anglais, italien

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