Je suis trop jeune pour être vieille... Après un long silence, continuons, avec ce n°30 - Extension du domaine de la vieillesse - à ressentir encore, à partager encore, à apprendre encore, à communiquer. Respectons les choix de celles et ceux qui aident, savourons de sages lectures...
EDITO : EXTENSION DU DOMAINE DE LA VIEILLESSE
JE SUIS TROP JEUNE POUR ÊTRE VIEILLE
MÉMOIRES VIVES AU PRESENT : ON NE NAÎT PAS AIDANTE, ON LE DEVIENT
ARCHEO CITATIONS
BONNE LECTURE !
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Chers Abonnés/es, chers Amis/ies, chers lecteurs et lectrices,
Parfois, on oublie de vieillir. Ou plutôt on oublie qu’on vieillit. On se regarde dans un miroir, on se reconnaît, quoiqu’un peu déçu par l’image reflétée. On regrette peu les dégradations de nos corps, cette usure progressive qu’on remarque à peine jour après jour. L’apparence se dégrade, c’est vrai, mais on fait au mieux pour la préserver, l’élégance sauve le paraître. Et on se trompe sur soi-même car on a bien envie d’exister encore, vieillir, ce n’est pas disparaître. On fait semblant d’être encore important, au moins pour certains. Combien de temps reste-t-on quelqu’un quand on n’a plus ni titre ni statut ? Aucune importance se disait-on naguère, juste avant que cela n’arrive. Mais une fois à l’orée du vide, on se hâte de rejoindre telle ou telle cause, pour y trouver UNE place autant que pour promouvoir une conviction partagée. En somme, on renonce à sauver le monde, mais on s’accroche à des micro utilités au sein d’associations diverses dont le rôle social est aussi d’accueillir ceux dont on ne sait plus que faire, que personne n’attend plus. Pire que tout, dans notre sphère privée, on est saisi d’un doute : vient-on nous rendre visite par compassion, par intérêt, ou par affection ? Oui, c’est vrai, plus on devient vieux, plus on devient parano, c’est bien connu. Les autres ont leurs vies à préserver de nos fragilités qui annoncent leur propre décrépitude. En outre, les morts autour de nous s’accumulent : qu’est-ce qui leur prend aux amis de disparaître si vite ?
On se trompe dangereusement sur soi-même mais aussi et peut-être surtout sur la vieillesse, la vraie, celle qu’on vient d’atteindre. L’essentiel, tout le monde nous l’avait seriné dans le genre ‘la vieillesse est un naufrage’, l’essentiel c’est la santé. Quand elle nous lâche, à nos âges de finitude, c’est la Bérézina. Nombre d’entre nous, les vieux, ont déjà rencontré la maladie durant leur jeunesse. C’était bien différent. Ce n’était pas plus confortable. Mais, sauf pronostic gravissime, on était sûr d’en sortir. Certes, on est tout aussi mortel à 17 ans qu’à 80 sauf qu’à 17 ans, on s’en fiche, on l’ignore, la mort ce n’est pas le sujet, on a autre chose à penser et à vivre. Plus tard, c’est moins vrai, non que la mort nous fasse peur, non, c’est la vie qui nous retire tout ce qui en faisait l’intérêt : énergie, rire, conversations sur l’état du monde, écriture et rêverie. On subit, flasque et quinteux, la fièvre qui nous enferme dans son brouillard. On tente de penser encore. C’est trop dur, on s’endort. Et puis, à quoi bon ? Laissons-nous (enfin) aller. Salut les copains, le monde part en vrille et moi aussi.
Chers Abonnés/es, chers Amis/ies, chers lecteurs et lectrices, c’est ce qui m’est arrivé en ce mois de mars, le bien nommé mois de la guerre. Trente jours sous la couette, c’est 29 de trop, les antibiotiques et surtout les corticoïdes, ça ne devrait pas être automatique. Mes vieux poumons abimés se sont désagréablement rappelés à mon souvenir pour encombrer mon présent. Et ceci explique l’interruption de diffusion de la gazette ‘Mémoires Vives’ le mois dernier. Ce numéro 30 qui apparaît sur votre écran s’avère être une sorte de numéro d’excuse.
Je vous l’affirme : ‘Mémoires Vives' retrouvera sa vitalité. Après fatigue et mal être, je veux me concentrer sur ce qui compte, et CEUX qui comptent, à travers leurs récits de vie. Ces parcours peuvent inspirer, ou rassurer, ou consoler, amuser, ouvrir des horizons et des espoirs. Transmettre contribue à construire des futurs qui savent ce qu’ils doivent à leurs passés. La parole est à vous ! Une histoire à raconter ? Une envie de prendre la plume ?N’hésitez pas, envoyez vos réflexions, vos billets d’humeur, vos recueils de tranches de vie, vos remarques, vos accords et désaccords. Adressez-les simplement par courriel à memoiresvives@icloud.com
Même si tout n’est pas publié, tout sera lu attentivement et vos suggestions et remarques prises en compte autant que possible. Vous pouvez aussi demander à ce que votre nom n’apparaisse pas, sous réserve que nous le connaissions et que vous indiquiez un pseudonyme.
Ces pages sont VOS pages. Continuons ensemble à nous émerveiller de vivre encore, à savourer nos instants avec délectation. Quel miracle d’avoir survécu à la nuit ! D’être encore là le matin, tous les matins, prêts à explorer une nouvelle journée, à ressentir encore, à apprendre encore, à communiquer toujours. Continuons pour que ce monde nous procure plus d’harmonie, plus d’humanité, en définitive plus d’avenir. Sylvie Lainé
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En 2024, l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans progresse en France, atteignant 11,8 ans pour les femmes et 10,5 ans pour les hommes.
L’espérance de vie sans incapacité (EVSI) constitue un indicateur fondamental pour évaluer la qualité réelle des années gagnées par la population. Il mesure le nombre d'années durant lesquelles une personne n’est pas limitée par un problème de santé dans ses activités habituelles.
Si les femmes vivent globalement plus longtemps (5 ans et 7 mois de plus), elles font toutefois face à davantage de limitations modérées au quotidien (maladies chroniques invalidantes) que leurs homologues masculins, expliquant cet écart faible entre les deux chiffres. Depuis 2008, l'espérance de vie sans incapacité à 65 ans a progressé de 1 an et 9 mois pour les deux sexes. Cette dynamique reflète une meilleure prise en charge des pathologies et une adaptation progressive de l'environnement de vie. Toutefois, un ralentissement est notable depuis 2019 : le gain se limite à quatre mois pour les femmes et à seulement un mois pour les hommes. À l'échelle internationale, la France maintient une avance significative. En 2023, l’EVSI des Françaises à 65 ans dépassait la moyenne européenne de 2 ans et 5 mois, et les Français, de 1 an et 4 mois, plaçant le pays au troisième rang de l’Union Européenne.
Attention, l'interprétation de ces statistiques requiert toutefois une prudence méthodologique. L'indicateur repose sur l’auto-perception subjective des individus quant à la limitation d’activité, laquelle est influencée par le contexte social ou le mode de collecte des données. La crise sanitaire a d'ailleurs perturbé les résultats en 2020 et 2021 suites au passage temporaire à une collecte exclusivement téléphonique.
Pour aller plus loin et sources : Drees, Études et Résultats n° 1363, janvier 2026 //https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/etudes-et-resultats/lesperance-de-vie-sans-incapacite-65-ans-est
Par ailleurs, il est intéressant de noter que 65 % des Français se sentent plus jeunes que leur âge réel, avec un écart moyen de 8 ans : leur âge ressenti est significativement différent de leur âge réel. Le sentiment de vitalité, le maintien de l’autonomie et du mode de vie, les relations familiales, amicales et sociales concourent à ce phénomène, documenté par une enquête Clariane x OpinionWay, menée auprès de plus de 2 500 Français. La même enquête dévoile que 71 % des Français comptent d’abord sur leurs proches pour envisager leur vieillesse, alors qu’ils sont 67 % à redouter de devenir une charge. La famille reste un pilier tout en étant une source de culpabilité.
Le défi du vieillissement n’est pas seulement démographique, économique, social, il est aussi culturel, psychologique, symbolique, identitaire et émotionnel.
Source :https://www.marchedesseniors.com/bien-vieillir-attentes-et-inquietudes-des-francais/29456
LE CHOIX DE PERRINE : ON NE NAÎT PAS AIDANTE, ON LE DEVIENT
Perrine SAILLY est l’une des plumes de ‘Mémoires Vives’. Elle y a lancé une rubrique ‘Brèves familiales et regards d’enfants’, ‘pour faire naviguer avec humilité le curseur de l’âge’. Elle est aussi (entre autres) la très active présidente de ‘Victimes mais pas démunies !’ qui oeuvre pour accompagner les victimes d’infractions pénales (vol, agression, cambriolage…), favoriser leur accès au droit, contribuer à l’éducation à la sécurité et à la prévention sur les risques repérés des effets sur la santé mentale lors d’une infraction. Contact : victimesmpd@gmail.com Pour en savoir plus : consulter un article du Figaro du 7 avril 2026, auquel Perrine a contribué : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/comment-les-reseaux-de-cybercriminels-et-les-hackeurs-de-cite-siphonnent-les-donnees-personnelles-de-millions-de-francais-20260406
Françoise DOLTO écrivait : « On ne nait pas parent, on le devient ». Dans le même esprit, je m’autorise à écrire à mon tour : '‘On ne nait pas aidante, on le devient”.
Photo personnelle 2014 : Sur un mur parisien …
Parfois la vie, c’est une fraction de seconde. Celle qui va chambouler un système familial, professionnel, amical. Ce petit rien qui va définir votre jeunesse, le reste de votre vie. Il y a deux mois, mon fils a vécu un accident de la circulation. Il a évité une voiture qui ne l’avait pas vu. Il a onze ans, il avait son casque mais pas son gilet jaune. Il a un fémur cassé et un moral fracassé. Parce qu’à onze ans, on a de la ressource mais vivre sans marcher, c’est avant tout se figer. Le temps s’est arrêté, son temps s’est arrêté, notre temps s’est arrêté.
A l’instant où je suis arrivée sur le lieu, j’ai capté la gravité comme si l’émotion et les battements agités de mon cœur m’annonçaient le rythme des semaines à venir.
Être aidante quand on est mère n’est pas inné. C’est une nouvelle posture, une attitude qui vous fait vieillir, mûrir. C’est accepter d’agir autant avec des gestes de soins qu’avec de l’amour.
J’ai compris aussi qu’être aidante c’était mal vu par la société. Annoncer une posture d’aidance, c’est se définir comme inactive, un truc réservé aux retraités, à ceux qui ont accompli autre chose avant de donner leur temps aux autres.
Et pourtant, en France, 8 à 11 millions de personnes sont aidantes. 500 000 sont des mineurs venant en aide à un proche malade ou porteur de handicap. Une nouvelle fois, l’aidance nous permet de faire bouger le curseur de l’âge. Au-delà, d’un statut d’aidant, c’est avant tout une question de transmission.” Perrine Sailly
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Nous sommes dans un siècle où la vie des vieillards se prolonge. Graham Greene (Les Comédiens)
Vieillir, ce n’est pas s’essouffler en montant un escalier, c’est s’apercevoir qu’on s’essouffle. Robert Sabatier (Le livre de la déraison souriante)
Vieillir, c’est découvrir de nouveaux endroits où on a mal Jean-Pierre de Nice, prolixe auteur de Mémoires Vives (Chroniques afghanes … Chroniques du monde Maya…)
Et… Simone de Beauvoir, La vieillesse (1ère édition 1970 chez Gallimard) :
Mourir prématurément ou vieillir, il n’y a pas d’autre alternative. Et cependant, comme l’a écrit Goethe « L’âge s’empare de nous par surprise. ». Chacun est pour soi l’unique sujet et nous nous étonnons souvent quand le sort commun devient nôtre : maladie, rupture, deuil. Je me rappelle mon ébahissement quand, sérieusement malade pour la première fois de ma vie, je me disais « Cette femme qu’on transporte sur une civière, c’est moi.» (…) La vieillesse est un destin, et quand elle se saisit de notre propre vie, elle nous laisse stupéfaits. « Que s’est-il donc passé ? La vie, et je suis vieux », écrit Aragon. Que le déroulement du temps universel ait abouti à une métamorphose personnelle, voilà ce qui nous déconcerte.
… Hermann Hesse, Eloge de la vieillesse (Le livre de poche, éd. 2015) :
La vieillesse n’a pas moins de valeur que la jeunesse. Lao Tseu n’a pas moins de valeur que Bouddha. Le bleu n’est pas plus laid que le rouge. La vieillesse ne devient médiocre que lorsqu’elle prend des airs de jeunesse.
Sur les stands de vente de livres d’occasion, on trouve des pépites… Ainsi, un très court bouquin, de nos jours du genre politiquement incorrect : « Vivre âgé sans devenir vieux » (suivi de : « Brûlez votre graisse ») de Bernard Desouches, Edition du Rocher, Monaco, nouvelle édition revue et augmentée, 1952. Voici quelques extraits… |
La Vie, la Beauté et l’Amour : c’est pour aider à obtenir ce résultat que ce livre a été écrit. Les femmes sont (…) mieux placées que les hommes ; elles dirigent leur foyer jusqu’à la fin de leur existence, plus ou moins suivant leur âge et leurs forces, mais elles ont toujours le sentiment de leur utilité et leur activité reste vivante…Enfin, il faut aimer les jeunes, vivre avec les jeunes, se mettre à la page des temps actuels, éviter surtout de leur faire l’éloge du bon vieux temps. (…) L’Histoire sainte ne nous enseigne-t-elle pas que les patriarches s’entouraient d’un essaim de jeunes vierges pour les aider à supporter le poids des années ? Doit-on fumer ? Nous ne nous prononcerons pas, mais personne ne peut prétendre que la fumée de tabac puisse améliorer la santé et prolonger l’efficience des individus. Faut-il ne plus fumer du tout ? Le tabac est une habitude agréable, quoique souvent une simple manie. Quelques cigarettes, ou bien une ou deux pipes par jour ne constituent pas un danger ; mais la difficulté est de se maintenir à cette quantité. Au surplus, convient-il de détourner de leur habitude ces excellents contribuables volontaires qui réduisent ainsi les impôts de ceux qui ne fument pas ? Enfin, il faut éviter les pessimistes qui, non seulement minent leur organisme, mais sont aussi de véritables courtiers en vieillissement.